Conseil en Investissement Solaire

Lettre trimestrielle
ANALYSE TRIMESTRIELLE 2ème trimestre 2009
Le succès hors norme de l’investissement durable
Cary Krosinsky and Nick Robins*
Comme la crise s’approfondit, nombreux sont ceux qui se tournent vers les idées de John Maynard Keynes pour trouver un moyen de sortir de la récession. Mais peu d’attention a été portée aux prescriptions, également importantes pour l’industrie de l’investissement, qui proviennent de l’époque où il était investisseur et assureur à la City. Écrivant, lors de la Dépression des années 30, Keynes a appris de son amère expérience, que ‘’ c’est l’investisseur long terme, celui qui favorise le plus l’intérêt général, qui en pratique sera le plus critiqué partout où les fonds d’investissement sont gérés par des comités , des conseils ou des banques.’’ Aujourd’hui, le court- termisme n’est pas seulement un des principaux vecteurs de la crise financière actuelle, mais expose également à des risques plus larges de catastrophe environnementale, ne serait-ce que par la menace de changement climatique incontrôlable.
Le fantôme de Keynes, toutefois, pourrait être réconforté par la rapide augmentation et les performances des stratégies d’investissement durables au cours de la dernière décennie. Émergeant à la fin des années 80, parmi une poignée de gérants de fonds européens conduite par Jupiter et Sarasin, les investissements durables se sont étendus à toutes les classes d’actifs et toutes les régions. S’appuyant sur les mouvements antérieurs liés aux investissements éthiques et socialement responsables, l’investissement durable combine, pour nous, 2 règles majeures. La première est que la meilleure façon de générer un rendement ajusté du risque au 21ème siècle est de pleinement incorporer les tendances environnementales, sociales et économiques de long terme dans le processus d’’investissement et les décisions d’achats. La seconde est qu’atteindre des objectifs globaux de durabilité exige la mobilisation et la réallocation des marchés mondiaux de capitaux. Si la première concerne la création de valeur financière au niveau micro-économique, la seconde se réfère à une réforme structurelle impérative au niveau macro-économique.
L’ investissement durable fournit un carnet de route tant aux investisseurs mus uniquement par l’optimisation du risque et du profit découlant d’opportunités de hausse qu’aux organismes de la société civile cherchant à réaliser des progrès en matière sociale et environnementale. Il incorpore également un nombre croissant d’investisseurs individuels qui souhaitent s’assurer que des critères sociaux et environnementaux soient pris en compte dans l’affectation de leur épargne. Il inclut aussi la marée montante des investisseurs institutionnels dans les fonds de pension qui apprécient la place croissante en matière financière des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance(ESG). On peut également y ajouter les investisseurs dans les technologies propres qui ont identifié le potentiel majeur de rendement des sociétés fournissant des solutions pour une économie à faible teneur en carbone. Ce qui unit ces groupes apparemment disparates est la reconnaissance qu’une valeur durable ne peut-être créée qu’à partir d’approches nouvelles en termes d’analyse financière, d’obligations fiduciaires et de réglementation des marchés financiers.
L’investissement est surtout de l’anticipation et les investisseurs durables ont été les premiers à apprécier l’intérêt financier de l’exposition au carbone, bien avant le mouvement moutonnier qui tente, à présent, de se rattraper rapidement. Ceci n’est pas juste une question de mots qui sonnent bien, mais cela a été démontré à travers les performances des fonds. Dans une étude novatrice relatée dans notre ouvrage, nous avons démontré que les fonds d’actions investis de manière durable au niveau mondial ont surperformé le MSCI World, le S&P500 and le FTSE100 sur une période de 1, 3 et 5 ans à fin 2007 ; ces fonds ont aussi surperformé les portefeuilles purement éthiques. À souligner que l’analyse montre aussi l’importance de l’horizon de temps, les fonds, avec une rotation substantiellement basse, surperformant ceux qui ont opté plus pour une stratégie de trading que de détention des titres. Clairement le credit crunch et l’accélération de la dégradation économique ont frappé le prix des actions et les perspectives immédiates de beaucoup de valeurs d’énergie propre qui figurent dans des portefeuilles d’investissements durables.
Cependant, les fondamentaux qui soutiennent les investissements durables restent forts. La science du changement climatique continue d’être jour après jour plus alarmiste. La création d’emplois a maintenant été ajoutée aux priorités carbones et à la sécurité énergétique comme un facteur politiquement populaire de l’énergie renouvelable et des politiques d’efficience énergétique. Et les initiatives tout au long de la chaîne d’investissement sont en train de s’accélérer, symbolisées par la récente Déclaration des Investisseurs en faveur d’un accord globale sur le changement climatique. La déclaration a été soutenue par 135 investisseurs gérant un total d’actifs de 6000 milliards de dollars incluant des fonds de retraite géants comme APG, Calpers, CalSTRS, New York, Norges Bank et PGGM, aussi bien que des gestionnaires de fonds comme Black Rock, BNP Paribas, HSBC ,PRUPIM et Schroders. Elle a lancé un appel pour des mesures :’’assurant un cadre d’investissement stable accompagnant la transition vers une économie à bas carbone’’.
Les cinq prochaines années seront vraisemblablement parmi les années les plus agitées pour l’investissement durable. L’enjeu est de créer des marchés de capitaux qui sont ‘’adaptés ‘’ aux réalités sociales, économiques et environnementales du XXIe siècle. Cela signifie mettre à jour les règles de cotation et de transparence sur les marchés mondiaux d’actions et de crédit comme la récemment proposé Alain Dromer, le PDG d’Aviva. Cela signifie baser les rémunérations des analystes financiers et des gestionnaires de fonds non plus sur les gains éphémères des opérations de court terme, mais sur des rendements solides et réguliers sur le long terme. Cela signifie réorienter l’ingéniosité des marchés de capitaux de façon à ce qu’ils couvrent plus l’intérêt général - par exemple, concevoir les instruments qui peuvent accélérer le financement de besoins urgents d’infrastructures en matière environnementale. Et des liens ont besoin d’être reconstruits entre les investisseurs institutionnels et la société civile pour restaurer la confiance du public dans les marchés financiers.
Pendant les jours sombres de la Grande Dépression du XXe siècle, Keynes se plaignait que l’ investisseur long terme n’avait pas la cote.’’L’essence même de son comportement apparaît excentrique, non conformiste et imprudent aux yeux de la moyenne de l’opinion.’’ écrivait Keynes , ajoutant que ‘’ s’il réussit, il ne fera que confirmer la croyance générale dans son imprudence ; et si à court terme il échoue, ce qui est très vraisemblable, il ne recevra pas beaucoup d’indulgence. Une sagesse de bon sens apprend que c’est mieux pour une réputation d’échouer de manière conventionnelle que de réussir de manière peu orthodoxe’’.L’investissement durable sort de sa phase d’apprentissage. C’est le moment pour un tel succès ‘’hors norme’’ de devenir le courant dominant de l’investissement.
* Cary Krosinsky and Nick Robins sont co- éditeurs de Sustainable Investing: The Art of Long-Term Performance (Earthscan, 2008)



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